Beer Game : le CARA nous explique la catastrophe programmée

Mardi 18 septembre dernier, sur le campus de la Doua, le CARA (Club Agile Rhone-Alpes) organisait un Beer Game.

Le Beer Game, qu’est ce que c’est ?

C’est un jeu inventé au MIT (Massachussets Institute of Technologies) qui consiste à simuler une chaîne de production et de distribution de bière.

Maintenant que j’ai dit le mot magique, je pense avoir toute votre attention !

La chaîne est composée de 4 acteurs : producteur, distributeur, grossiste et détaillant.

Chaque acteur ne peut interagir qu’avec les autres acteurs qui lui sont directement liés.

Chacun passe des commandes à l’acteur qui le précède immédiatement dans la chaîne, et chacun livre celui qui le suit.

Une unité en stock coûte 50 € par semaine, une commande non honorée coûte 100 € par semaine et par unité. Une commande ne peut être honorée partiellement.

Chacun commence avec un stock de 12 unités. Les commandes au détaillant sont de 4 unités par semaine et ne varient pas.

Et malgré cette constance, on constate très vite que l’envie de s’approcher du flux tendu et donc d’optimiser la chaîne de production et de distribution est mise en œuvre chez chacun des acteurs mais avec très peu de communication avec les autres.

On essaie de diminuer le stock en ne comptant que sur les livraisons du fournisseur pour répondre aux commandes. Mais comme la stratégie du fournisseur n’a absolument pas été coordonnée avec la notre, on se retrouve très vite avec une commande non honorée, puis deux, puis trois, avec l’augmentation des coûts que cela entraîne.

Ce jeu est très instructif du fait de l’apparition rapide du chaos au sein d’un système dont les coûts sont certes loin d’être réduits mais dont la stabilité est prouvée.

La conclusion est que toute tentative d’optimisation d’un système stabilisé va amener inéluctablement au chaos et au lieu de faire baisser les coûts de fonctionnement va les faire augmenter d’une manière non maîtrisée. Et plus le nombre d’acteurs de la chaîne sera important, plus le chaos aura de conséquences sur le long terme.

Mon impression est que si l’optimisation avait fait l’objet d’un processus impliquant TOUS les acteurs dans une démarche définie à l’avance et connue de tous, elle aurait eu une chance de réussir. Mais les individualismes et les contraintes propres à chacun minent le terrain en reléguant ma théorie au triste sort de ne jamais être mise en pratique car bien trop risquée.

Il vaut donc mieux s’en tenir à un système qui coûte un peu plus cher que ce qu’il pourrait théoriquement coûter mais dont on est sûr de ne pas voir l’équilibre s’effondrer en essayant de gagner des clopinettes.

Je travaille actuellement dans un « Centre de Service », dans une SSII. La philosophie du centre de service est de proposer de la main d’œuvre en quantité variable au client de manière à pouvoir répondre rapidement en cas de hausse brutale d’activité mais aussi de ne pas lui coûter trop cher en cas de baisse de cette même activité.

De fait, toute l’instabilité est portée par ma société qui se retrouve à devoir recruter massivement lorsque le personnel vient à manquer mais qui se retrouve aussi à devoir placer les salariés inoccupés une fois que l’activité décroît. Et je trouve ce rôle à la fois ingrat et périlleux.

Ingrat car le client n’a plus besoin de chercher à stabiliser ses coûts et même baisse rapidement les bras en terme de prévisions : ils ont la sécurité du prestataire qui va s’adapter, pas besoin de voir à trop long terme.

Périlleux car une société qui se retrouve avec des salariés inoccupés court un risque financier sur le long terme à les payer sans qu’ils ne rapportent. Quelles solutions ?

  • Renforcer leurs connaissances pour devenir plus performants. Le rêve de tout développeur en inter-contrat : s’auto-former ! (je plaisante)
  • Les positionner sur de nouvelles missions, pour d’autres clients. Mais en cas de regain d’activité du client du centre de service, il faut à nouveau recruter et on remet du grain au moulin de l’instabilité.
  • Se débarrasser d’eux. Bienvenue dans le monde du salarié jetable. Cette mentalité est surtout répandue outre-Atlantique mais on sent qu’elle commence à charmer de plus en plus de dirigeants dans notre pays et c’est assez effrayant (pour moi, qui suis salarié).

Pour en revenir à la réunion du CARA, elle a eu l’immense intérêt de nous montrer par l’exemple qu’agir sur son seul secteur pour réduire les coûts ne peut fonctionner et que seul un mouvement globalement organisé le peut tout en gardant à l’esprit que le flux tendu est une illusion qui imagine que tout est prédictible, même les commandes inattendues !

Liens utiles :

Le CARA

Le compte-rendu de la soirée, avec photos, slides, etc

Écouté pendant la rédaction de cet article :
Madonna – Album « Ray of Light »
Pink Floyd – Album « Pulse »

A propos Benjamin

Développeur Java, évangéliste du logiciel libre auprès de mes proches, j'essaie de concilier tout ça avec la curiosité qui m'a toujours fait avancer.
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