Apprendre ? Ouais, bof

Le 26 mais dernier, j’ai assisté au Mix-IT à Lyon. La keynote comportait l’intervention de Claire Blondel qui nous a expliqué les différentes méthodes d’apprentissage auxquelles elle avait été confrontée au cours de ses déplacements à l’étranger et de les comparer avec ce qui se pratique en France.

 Et le constat m’a à la fois interpellé et attristé : nous ne savons pas enseigner. Ou devrais-je dire que nous ne savons pas enseigner à tout le monde.

 Notre culture essaie de nous placer en position de compétition très tôt dans notre cursus et les personnes les plus « faibles » sont alors stigmatisées et culpabilisées.

 Les programmes scolaires sont faits de telle manière qu’un élève qui ne comprend pas un concept simple a peu de chances de raccrocher les wagons : si l’enseignant prend le temps de le remettre sur les rails, il pénalise la classe toute entière en la ralentissant et en la plaçant sous la menace de ne pas traiter tout ce qui doit l’être d’ici la fin de l’année.

 Notre élève se retrouve donc à cumuler les mauvaises notes qui entraînent le mécontentement des parents et alimentent la mauvaise image que l’enfant va avoir de lui-même.

 Au cours de sa présentation, Mme Blondel nous a expliqué que dans certains pays, pour l’apprentissage des multiplications ou des additions, les élèves travaillent seuls avec d es cartes. Une face de la carte comporte l’opération à effectuer, l’autre face comporte le résultat. Ainsi, l’élève travaille seul, se responsabilise et a le droit à l’erreur sans que le moindre regard extérieur ne vienne le juger.

 Étant moi-même père de deux enfants (5 et 10 ans), je n’ai pas pu m’empêcher de faire le lien avec ce que vivait mon fils en ce moment. Il est en CM1 et ingurgite des tables de multiplication et des exercices de division tous les soirs avec la double sanction de devoir réaliser son exercice sous le regard de ses parents puis de le reproduire devant sa maîtresse et sa classe.

 Ces moments sont toujours source pour lui d’énervement et de stress ce qui fait qu’il est de plus en plus difficile de l’amener à faire ses devoirs.

 En m’inspirant de ce que j’avais appris au Mix-IT, j’ai donc décidé d’informatiser le principe des cartes pour amener mon fils à réviser ses tables d’une manière plus ludique.

 Le plus dur a ensuite été de lui expliquer qu’apprendre pouvait être agréable et non ennuyeux.

 Et nous en arrivons à un deuxième problème de notre politique d’éducation : le dégoût de l’apprentissage. Un élève qui a été malmené à l’école n’a plus envie d’apprendre. Et peu importe son potentiel. Combien de personnes ai-je croisé dans mes vies professionnelles et personnelles qui faisaient deux ou trois pas en arrière dès qu’on leur expliquait qu’ils allaient partir en formation. Pourtant, ces personnes ne sont pas de mauvais éléments dans leur vie professionnelle. Mais la peur de ne pas comprendre ce nouveau sujet et d’être jugés les paralyse car les conséquences en seraient infiniment plus graves que quand ils étaient sur les bancs de l’école.

Apprendre est alors perçu comme une contrainte et une menace de régression et non comme la chance de progresser.

Face à ce comportement, on a de plus en plus de formations « sur le tas ». On arrive sur un projet qui utilise une technologie que l’on ne maîtrise pas (ou peu) et on compte à la fois sur notre côté débrouillard pour arriver à réaliser ce que l’on attend de nous et sur l’esprit d’entraide qui peut exister dans les équipes soudées.

 Mais les équipes soudées ne sont pas légion surtout dans un système où les performances jugées ne sont qu’individuelles. Chacun se donne comme limite à sa volonté d’aider de ne pas se pénaliser personnellement et cela pénalise le développement des personnes qui ne maîtrisent pas les subtilités des outils utilisés.

 Je me demande si à partir d’une certaine taille d’équipe, donner du temps de transmission de savoir à chacun des membres (et même en faire un objectif) représenterait réellement une perte financière ou au contraire un investissement sur le long terme.

A propos Benjamin

Développeur Java, évangéliste du logiciel libre auprès de mes proches, j'essaie de concilier tout ça avec la curiosité qui m'a toujours fait avancer.
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1 réponse à Apprendre ? Ouais, bof

  1. Le Chat'Taudi dit :

    Réflexion intéressante, mais mon remède à moi c’est d’apprendre à apprendre, plus facile que de transmettre, surtout quand l’émetteur à un QI inférieur à celui de son enfant de 5 ans 🙂
    Apprendre à apprendre lui permettra d’apprendre plus facilement, donc quand c’est plus facile, c’est tout de suite moins contraignant…
    Au tout début de la scolarité d’un enfant, je doute que la réflexion soit le plus important pour lui. Savoir pourquoi du comment…quand t’as 5 ans, tu t’en bat les coquillette avec une pelle à tarte. Comment expliqué l’utilité d’une addition ou d’une soustraction alors que sa seule préoccupation c’est comment terminer le niveau 12 de son jeu sur sa GameBoy (oui, le miens est plus vieux, donc pas de DS3 à cette époque).
    Quoi que, avec des niveaux de jeu + ou – ça devient tout de suite plus marrant aussi ;).
    Ce qui compte, AMHA, c’est le développement de sa mémoire, en travaillant peu mais souvent, lui a(permettra) permis d’avoir plus de facilité à apprendre, apprendre tout et n’importe quoi, utile ou non, que ce soit intéressant ou non.

    Maintenant, je rejoins certaines sectes qui disent haut et fort que les devoirs à la maison en primaire, c’est une punition pour l’enfant et les parents, alors que ce temps de repos devrait être consacré à la famille, au jeu. L’école est là pour apprendre à apprendre, et l’épanouissement de l’enfant dans son cocon familiale l’aidera à apprécier l’école…

    En conclusion, quand tu as appris à apprendre, plus facilement tu apprendras.

    Quant à Java…y a pire dans la vie 😉

    Vivement la suite….

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